La fondation Apache doit-elle reconnaître l’échec d’OpenOffice

Christian Schaller, qui travaille pour Red Hat dans l’équipe en charge du poste de travail, tout en étant un contributeur régulier de GNOME et Fedora, vient de publier une lettre ouverte à destination de la fondation Apache et des développeurs d’OpenOffice, leur demandant de reconnaître l’échec de leur projet.

À l’inverse de LibreOffice et de la Document Foundation, qui surent fédérer une communauté active qui permit de mener de nombreux chantiers et d’avancer à grands pas (importants nettoyages de code, modernisation des technologies utilisées, nombreuses nouvelles fonctionnalités…), les développeurs d’Apache OpenOffice ne réussirent pas à insuffler une dynamique autour de leur projet, dont le développement est bien moins actif.

Aujourd’hui, l’existence même d’Apache OpenOffice n’apporte que confusion chez les utilisateurs, qui ne connaissent généralement pas l’historique des deux projets, et ne savent pas lequel choisir. Christian demande donc à ce que les visiteurs du site web d’OpenOffice.org soient clairement avertis qu’il est désormais préférable de récupérer LibreOffice, seule suite bureautique libre à même de leur offrir la meilleur expérience possible.

Intégration de LibreOffice au sein de Documents

GNOME Documents

Actuellement, avant d’afficher un document, que ce dernier soit au format .docx, .odt ou .ods, Documents utilise unoconv pour le convertir au format PDF. Ce dernier étant avant tout prévu pour la simple consultation, il empêche toute édition du document.

Dans le cadre du Google Summer of Code 2015, Pranav Kant a donc prévu d’améliorer le composant LibreOffice LOKDocView, puis de l’intégrer au sein de Documents, ce qui permettra de pouvoir afficher directement des fichiers OpenDocument au sein de Documents, mais également de pouvoir les éditer sans avoir besoin de lancer la suite bureautique.

Les améliorations du composant concerneront également la gestion du rendu sur le GPU plutôt que sur le CPU, ce qui devrait grandement accélérer les calculs et permettre de pouvoir utiliser rapidement un très haut niveau de zoom sur de très gros documents.

Linux n’est-il réellement pas prêt pour le desktop ?

L’une des forces de Linux, ça reste le choix…

 

Je viens de tomber sur cet article, « Why Linux is still not ready for desktop », où l’auteur affirme retenter l’expérience Linux tous les trois ans, pour en arriver toujours à la même conclusion, Linux n’est pas prêt pour le desktop. D’après lui, les concepteurs d’Ubuntu (puisque l’auteur ne semble pas avoir conscience de l’existence d’autres distributions, qui répondraient pourtant mieux à ses besoins) refusent de se mettre à la place de l’utilisateur, et proposent donc un produit inadapté et mal pensé. Pour en arriver à cette conclusion, il cite plusieurs exemples.

L’installation du plugin Flash. L’auteur serait apparemment allé sur le site d’Adobe pour trouver le plugin. Le site aurait détecté que l’utilisateur tournait sous Ubuntu, et aurait tenté d’ouvrir la logithèque, amenant à un échec. Pour moi, le problème vient plutôt du fait qu’il tente de retranscrire un comportement windowsien sous Linux (j’ai besoin d’un logiciel, je vais sur le site de l’éditeur). N’étant pas moi-même utilisateur d’Ubuntu, j’ai tout de même essayé la version 14.04 LTS dans une machine virtuelle pour vérifier si c’était réellement si compliqué : lancer la logithèque, rechercher Flash, cliquer sur Install. C’est tout. Pour moi, c’est finalement infiniment plus simple que sous Windows.

L’auteur enchaîne ensuite sur LibreOffice, qu’il trouve inférieur à Microsoft Office, ainsi que le fait qu’Ubuntu ne propose pas les mêmes polices de caractère que sous Windows, ce qui nuit à l’échange de fichiers entre les différentes plateformes. Là-dessus, je répondrais que LibreOffice peut être supérieur ou inférieur sur certains points à Microsoft Office, mais que dans l’ensemble, il répond parfaitement aux besoins de la majorité des gens. Tout comme Ubuntu ne peut rien faire de spécial avec les polices non libres dont la redistribution serait interdite (ce qui n’empêche pas les polices Windows d’être compatibles sous Linux), ou LibreOffice de peiner à être compatible avec un format de fichier propriétaire. Format sur lequel Microsoft lui-même a parfois du mal à être pleinement compatible d’une version à l’autre. Comme quoi, il est préférable de privilégier les solutions libres chaque fois que c’est possible, histoire d’éviter ce genre de désagréments.

Google Docs est confronté aux même problématiques, et ça ne l’empêche pas de rencontrer un certain succès. Ce même Google, qui propose d’ailleurs un certain nombre de polices sous licence libre, pour favoriser les échanges. Et pour ceux qui auraient réellement besoin d’utiliser Microsoft Office, CrossOver semble proposer une certaine compatibilité avec la version 2010.

Et quitte à citer Google, rappelons tout de même que les ChromeBooks permettent actuellement de faire infiniment moins de choses qu’une bonne distribution Linux, ce qui ne les empêche pourtant pas de se vendre comme des petits pains. En 2013, ils représentaient d’ailleurs 25% des ventes de portables premiers prix aux États-Unis.

Vient ensuite la question de l’environnement de bureau. Tout comme il n’aime pas l’interface de Windows 8, l’auteur nous avoue ne pas aimer non plus celles d’Unity ou GNOME. Malgré tout, pour chacun de ses essais, il se limite encore et toujours à Ubuntu. Il aurait très bien pu tenter d’autres variantes officielles, voir tenter Linux Mint. Et là, pour le coup, il n’aurait pas rencontré son problème avec Flash, ce dernier y étant pré-installé ;)

Unique point positif de sa critique, l’arrivée de Steam et du jeu vidéo sous Linux.

Critique qu’il conclura sur l’infériorité de Gimp vis-à-vis de Photoshop, et sur le fait que les linuxiens devraient arrêter de comparer The Gimp à ce dernier. Sur ce dernier point, il a raison. The Gimp répond à certains besoins, tandis que pour d’autres, il existe des alternatives bien plus adaptées : Krita pour le dessin bitmap, Inkscape pour le dessin vectoriel, darktable pour le traitement photo… Mais si on en revient à The Gimp, il existe d’excellents plugins, comme G’MIC, qui ajoutent un certain nombre de fonctionnalités particulièrement puissantes. Mais surtout, que ce soit The Gimp ou Photoshop, ce sont des outils professionnels, qui sont à mille lieux des préoccupations de la plupart des gens.

Alors, en ce qui me concerne, Linux est-il prêt ? Oui et non. Il n’existe pas de meilleur système. Ils ont chacun leurs points forts et leurs points faibles. Tout comme les besoins de chacun sont différents. Pour le moment, je ne conseillerai pas Linux à un hardcore gamer, tandis qu’il pourrait convenir à une personne qui se contente d’aller sur Internet, qui a besoin de gérer photos et vidéos personnelles… ce qui semble finalement représenter le gros de la population.

Pour moi, les deux grosses lacunes de Linux, sont l’absence de support d’un gros constructeur. Les gens n’ont pas envie de vérifier si leur machine est compatible, s’embêter avec l’installation du système, configurer ce qui aurait besoin de l’être. Ils veulent pouvoir acheter un produit simple et fonctionnel. Apple l’a bien compris, et je trouve dommage que Canonical ne se soit pas plutôt lancé là-dedans, plutôt que dans son délire de téléphonie.

Ensuite, les applications. Même si l’offre logicielle s’améliore de jour en jour, ce n’est pas encore ça. Récemment, une connaissance, qui a préféré quitter Linux pour OS X, me donnait un exemple tout bête. Pour des raisons qui lui sont propres, elle n’aime pas le client FTP FileZilla, et m’a demandé ce que j’aurais bien pu lui conseiller d’autre. Et là, j’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé. Personnellement, j’utilise lftp en ligne de commande, mais aussi puissant soit-il, je ne me vois pas le conseiller à monsieur tout le monde. Sous OS X, elle a opté pour Transmit. Il y a malheureusement encore trop de domaines ou l’offre n’est pas à la hauteur, ou pire, complètement absente.

Pour le coup, je trouve dommage que les grosses distributions, qui sont dirigées par des entreprises (Attachmate, Canonical, Red Hat…), n’aient pas plus investis dans les applications à destination des utilisateurs finaux. Dommage également de constater l’échec des différents environnements de bureau à insuffler une dynamique, vanter les mérites de leur plateforme, amener les développeurs à s’y intéresser…

Linux est donc d’ores et déjà prêt pour bien des gens, mais il n’intéressera les masses qu’en ayant un constructeur prêt à miser dessus, tout en ayant une offre logicielle plus complète.

Maintenant, quand je relis son article, qu’on peut résumer au fait de vouloir un plugin propriétaire, des drivers propriétaires, souhaiter tel ou tel programme propriétaire et dire que les logiciels sous Linux ne sont pas à la hauteur, j’ai envie de dire que cette personne n’a rien compris à ce qu’était Linux et le libre. Malheureusement, c’est la même rengaine qui revient sans cesse : « on ne trouve pas Photoshop et le dernier Call of Duty sous Linux, c’est nul ».

Si on peut installer une distribution Linux et obtenir d’emblée un environnement complet et pleinement fonctionnel : les bons drivers, multi-lingue, de nombreuses applications de qualité pour répondre à tous les besoins de base, la possibilité d’en installer d’autres facilement, rapidement et gratuitement pour répondre à des besoins plus évolués, c’est du au fait que tout soit libre. Si on peut tout bidouiller, voir forker une distribution complète pour changer l’environnement de bureau et les logiciels par défaut (choix qui profite à l’utilisateur), ou un logiciel pour essayer de nouvelles idées, c’est encore une fois parce que c’est libre. Si on peut avoir confiance dans nos logiciels (respect de l’utilisateur, de sa vie privée…), c’est parce qu’ils sont libres. Si on peut facilement passer d’un logiciel à l’autre, c’est parce que les formats de fichiers sont libres et ouverts…

Il n’y a strictement aucun intérêt à passer sous Linux, autre que financier, si le libre n’a aucune importance pour l’utilisateur. Avant d’envisager une potentielle migration, ce sont vraiment les questions à se poser. Qu’est-ce que le libre, que peut-il m’apporter, est-ce réellement important pour moi.