Sortie de PulseAudio 12.0

Le serveur de sons étant un élément central de nos systèmes et de l’expérience utilisateur qui en découle, il est normal d’en parler un peu. Et depuis ses débuts chaotiques au début des années 2000 où il a fait couler beaucoup d’encre, on peut dire qu’il fonctionne désormais plutôt bien et qu’il sait se faire oublier.

Au programme de cette nouvelle version, nous pouvons donc citer :

  • un meilleur rapport de la latence (et donc une meilleure synchronisation audio/vidéo) pour le profil Bluetooth A2DP
  • un rapport bien plus précis de la latence pour les périphériques AirPlay
  • la correction d’un plantage ou d’une consommation excessive de CPU avec le pilote Intel HDMI LPE
  • la sortie HDMI est désormais prioritaire sur la sortie S/PDIF
  • la prise en charge du HSP pour plus de casques Bluetooth
  • le choix du profil Bluetooth A2DP par défaut plutôt que HSP
  • les périphériques Steelseries Arctis 7 et Dell Thunderbolt Dock TB16 voient leur prise en charge améliorée
  • la correction d’une mauvaise configuration ALSA qui empêchait l’utilisation de l’entrée numérique de certaines cartes son USB
  • l’ajout d’une nouvelle option dereverb pour l’annuleur d’écho Speex qui améliore la suppression de l’effet de réverbération

Sans oublier les nombreuses améliorations plus anecdotiques et autres corrections de bugs. Vous pouvez consulter le changelog complet sur le site officiel.

Il est également important de rappeler l’existence d’un projet de financement participatif (sur Patreon et Liberapay) permettant à Tanu Kaskinen, le mainteneur de PulseAudio, de pouvoir se consacrer à plein temps au projet.

Pourquoi GNOME ?

Maintenant que Mark Shuttleworth vient d’annoncer l’abandon d’Unity 8 (et probablement celui de Mir), certains se posent la question du choix de GNOME sur les forums, plutôt qu’un environnement plus traditionnel comme peuvent l’être MATE ou Xfce.

Je vais donc profiter de l’occasion pour rappeler qu’un environnement de bureau ne se limite pas à la partie visible, que ce soit avec ou sans panel au bas de l’écran et autre menu principal.

Mais avant toute chose, il est important de rappeler qu’Ubuntu a toujours utilisé GNOME, ne remplaçant finalement que son shell par ce fameux Unity. Mais pour tout le reste, que ce soit les applications de base (gestionnaire de fichiers, éditeur de texte, visionneur d’images, agenda, contacts, terminal…), le centre de contrôle ou les technologies sous-jacentes (GTK+, GVFS, GStreamer, Cairo, D-Bus, dconf…), la majeure partie des différentes briques nécessaires pour pouvoir proposer un environnement complet, homogène, fonctionnel… provenaient du projet GNOME.

Ce même GNOME qui n’a aucun problème à s’appuyer sur des projets modernes tels que systemd, PulseAudio, NetworkManager… qui permettent de construire un environnement robuste et pleinement fonctionnel, parfaitement adapté à notre époque (technologies récentes, informatique dans les nuages, mobilité…), là où d’autres préfèrent partir dans des trolls sans fin, préférant voir l’utilisateur tout configurer par lui-même plutôt que de lui proposer un environnement qui juste marche.

Ensuite, et c’est le plus important, il ne faut pas limiter un environnement de bureau à un panel et un menu principal. Ça se doit d’être avant tout une plateforme proposant un certain nombre de technologies (bibliothèques, frameworks, couches d’abstraction, système de configuration…) facilitant le travail des développeurs tout en leur permettant de concevoir des applications qui seront parfaitement intégrées à l’environnement et qui pourront interagir les unes avec les autres.

Cinq jours avant l’annonce de Mark Shuttleworth, Dustin Kirkland, le chef de projet d’Ubuntu, intervenait sur Hacker News pour interroger la communauté et connaître ses retours et ses attentes quant à la version 17.10 d’Ubuntu. Une intervention suivie avec grand intérêt par Christian Schaller, le responsable de l’équipe Red Hat en charge de l’environnement de bureau GNOME. Deux jours avant l’annonce de Mark Shuttleworth, ce dernier publiait à son tour un long billet de blog pour rappeler que la majeure partie des demandes étaient déjà présentes dans Fedora au travers de GNOME, Wayland, libinput et autres technologies libres nécessaires pour obtenir un bureau pleinement fonctionnel.

Parmi les principaux points soulevés, on peut citer la prise en charge des écrans à haute densité de pixels, qui se trouvent être déjà fonctionnels sous GNOME avec une mise à l’échelle 2, et dont la mise à l’échelle fractionnée (par exemple, 1.5) devrait arriver dans Fedora 27, voir même dans Fedora 26 s’ils arrivent à tout finaliser dans les temps. Il en profite d’ailleurs pour rappeller qu’en plus de sa prise en charge dans GNOME, Red Hat a employé des développeurs pour que Firefox et LibreOffice puissent utiliser GTK+ 3 et être compatibles avec Wayland.

Pouvoir utiliser les pavés tactiles avec trois doigts ou plus. Pendant longtemps, on ne pouvait utiliser que des gestes utilisant maximum deux doigts. Là encore, dans le but de supprimer une telle limitation, Red Hat a mis des développeurs sur le coup pour créer libinput et améliorer les pilotes comme celui de Synaptics, qui utilisait encore le port de communication PS/2, ce qui limitait les possibilités.

Faire des progrès sur la consommation énergétique en cas d’utilisation d’un ordinateur portable. Là encore, Red Hat a embauché des développeurs pour investiguer, corriger ce qui pouvait l’être, discuter avec les fabricants de matériel en vue d’améliorer leurs pilotes (comme ceux de nVidia, qui ne sont malheureusement pas libres).

GNOME Battery Bench

Corriger les problèmes concernant l’UEFI. Là encore, un employé Red Hat est membre du comité UEFI, ce qui aide grandement à ce que tout se passe bien avec le libre. Tout comme ils ont également embauché des développeurs pour que la mise à jour des firmwares UEFI puissent se faire directement depuis la logithèque GNOME. Christian Schaller en profite d’ailleurs pour annoncer que normalement, d’ici la fin de l’année tous les principaux fabricants devraient fournir des mises à jour au travers du service fwupd qu’utilise la logithèque GNOME.

Wayland. Les utilisateurs d’Ubuntu réclamaient Wayland. Ça tombe bien, c’est le choix par défaut sous GNOME :p Christian Schaller annonce qu’en plus du multi-DPI, on devrait voir arriver la prise en charge du HDR (grande gamme dynamique) ainsi que la prochaine génération de machines hybrides (multi-GPU), en travaillant de concert avec nVidia pour s’assurer que leurs pilotes fonctionnent parfaitement sur des systèmes libres (comprendre, sans avoir à bidouiller).

Quelque chose comme Redshift. Pour rappel, il s’agit d’une application permettant d’ajuster la température de couleur d’un écran en fonction du moment de la journée. Et là encore, ça tombe bien, avant même qu’Apple ne propose son Night Shift avec macOS 10.12.4 ou Microsoft son Mode Nuit avec la Creators Update de Windows 10, GNOME proposait déjà un mode nuit dans GNOME 3.24.

Le mode nuit dans GNOME 3.24

Amélioration du processus de mise à jour des pilotes graphiques. Je ne vais pas le répéter à chaque fois (enfin si, un peu, ça permet de bien réaliser tout ce qu’aurait dû faire Canonical dès le début), mais là encore, Red Hat possède toute une équipe pour travailler sur la pile graphique Linux (Wayland, Mesa, les pilotes…). Et un projet important aura été le développement avec nVidia de la bibliothèque glvnd qui permet d’utiliser plusieurs implémentations d’OpenGL en parallèle. Finis le risque de voir le pilote nVidia écraser les fichiers de Mesa ou inversement. Plus besoin non plus d’une bidouille à la Bumblebee pour utiliser son APU au quotidien, puis basculer facilement sur le GPU de la carte dédiée quand on souhaite se faire une petite partie de jeu vidéo.

Amélioration de la prise en charge des imprimantes. Là encore, plusieurs développeurs Red Hat s’assurent que CUPS (qui est un projet Apple, pour l’anecdote) fonctionne parfaitement bien. Et côté GNOME, la version 3.24 offre désormais une gestion des imprimantes bien plus simple et efficace.

Meilleure prise en charge du Bluetooth. Là encore, il y a plusieurs développeurs Red Hat sur le coup. Et parmi les changements à venir (sans doute dans PulseAudio 11), on peut citer par exemple une modification de Christian Kellner qui améliorera le choix des périphériques par défaut. Actuellement, PulseAudio privilégie la carte audio PCI, suivi des cartes audio USB, pour finir par un périphérique Bluetooth. À l’avenir, les choix par défaut devraient être plus logiques. Si l’on branche une carte audio USB, c’est sans doute que l’on ne souhaite pas utiliser le chipset audio fournit de base avec la carte mère. Même chose pour les micro-casques, dont la sortie audio n’était pas automatiquement redirigée vers ces derniers. Autre apport intéressant, le rapport d’état de la batterie de certains modèles devrait également faire parti des changements à venir.

Tout ça pour conclure que si l’on regarde honnêtement des bureaux comme MATE ou Xfce, qui ne gèrent pas ou de façon limitée tous les points soulevés (et tous n’ont pas été abordés, comme la prise en charge des services en ligne, la compatibilité Microsoft Exchange nécessaire aux entreprises, de meilleures applications de productivité (agenda, contacts…), la documentation, le design et l’ergonomie…), on comprend mieux le choix de Canonical de continuer à privilégier GNOME.

D’autant plus que rien ne les oblige à proposer un GNOME vanilla. Ils pourraient très bien adapter leur dock ou proposer certaines extensions par défaut.

Toujours plus connectés

Paolo Borelli vient d’annoncer le développement d’un nouveau projet, Nuntius, dont le but est de permettre la réception des notifications de vos appareils Android (SMS, messages Whatsapp…) dans le centre de notifications de GNOME, et bien entendu, de pouvoir y répondre.

Le projet se compose de deux applications. Une première, qui doit être installée sur vos appareils Android, et qui est dors et déjà récupérable sur Google play. Et une seconde, qui le sera sur vos distributions Linux. L’ensemble communiquant ensuite par Bluetooth.

On commence donc à se rapprocher d’Apple, qui permet déjà depuis un certain temps, une telle intégration de ses périphériques iOS au sein d’OS X.