Qu’apporte réellement le projet Solus ?

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Solus Beta 2 avec l’environnement de bureau Budgie

Le Solus Project est un projet de système d’exploitation complet et indépendant, qui ne se base pas sur une distribution GNU/Linux déjà existante, mais qui reprend néanmoins l’environnement de bureau GNOME, ses technologies et ses applications, tout en remplaçant GNOME Shell par Budgie.

S’ils reprennent GNOME, pourquoi ne pas utiliser directement l’original, me demanderez-vous. Sur le site officiel, on peut lire « Nous nous concentrons entièrement sur le bureau, et nous croyons que les utilisateurs méritent un environnement de première classe. Aucune phablette ici ! » (We focus completely on the desktop, and believe users deserve a first-class desktop experience. No phablets here!)

Vous l’aurez compris, ils reprochent au projet GNOME un certain côté tablette, avec ses grosses icônes, et pensent qu’il est donc préférable de proposer un bureau plus classique, avec un menu traditionnel, une liste d’applications ouvertes au bas de l’écran…

Oui mais, GNOME propose également un mode classique, me direz-vous encore. Il est vrai. Peut-être que l’environnement proposé par Solus est un poil plus joli. Je ne sais pas. Il semble en tout cas avoir déjà conquis une partie du public, comme peuvent en témoigner les tests de Frederic Bezies ou d’Angristan. En ce qui concerne son thème, EvoPop, vous pouvez sans problème l’installer séparément.

N’a-t-il réellement rien d’autre à proposer ? Pour le moment, non. Quasiment toutes les applications sont celles de GNOME, que ce soit le terminal, le visionneur d’images ou de documents, l’éditeur de texte, la calculatrice, le gestionnaire de fichiers, le moniteur système, les paramètres… tous les outils sont des applications GNOME. Les seuls choix qui diffèrent concernent le navigateur; Firefox ayant remplacé Web, ainsi que le lecteur de vidéos, pour lequel ils ont préféré VLC.

Ensuite, il n’y a pas non plus d’équivalent aux fonctionnalités de recherche de GNOME Shell. Autant ce dernier permet de trouver des applications (y compris celles qui ne sont pas installées), d’effectuer directement des opérations arithmétiques sans avoir besoin de lancer la calculatrice, de trouver facilement fichiers ou documents, d’accéder rapidement à ses contacts, aux événements de son agenda, d’obtenir l’heure d’une ville, de connaître la météo, de pouvoir effectuer des recherches dans son historique web, de trouver facilement des caractères spéciaux… autant du côté de Budgie, c’est le néant absolu. Tout juste si le menu permet de trouver des applications, mais uniquement celles qui sont déjà installées.

Si on continue la comparaison avec le mode activités de GNOME, bien qu’une applet soit disponible dans les Budgie Settings pour pouvoir bénéficier des bureaux virtuels, il n’y a qu’un espace de travail par défaut. Et vous ne pourrez pas non plus faire des recherches par mots clés. De rechercher dns ne vous trouvera pas l’outil de configuration réseau, ou zip le gestionnaire d’archives.

En parlant d’applications, d’avoir choisi de concevoir un système depuis zéro permet une totale liberté, mais également une incroyable dispersion d’efforts, puisque ça oblige les développeurs à réinventer la roue, ainsi qu’à empaqueter eux-mêmes les mêmes applications qu’on peut retrouver sur d’autres distributions bien établies. Pour résumer, sorti des applications GNOME et de deux ou trois applications tierces (Firefox, Thunderbird, Transmission, HexChat et VLC), il n’y a quasiment rien de disponible. Et je ne parle pas uniquement des applications par défaut, mais bel et bien de ce que vous pouvez installer. Et ça a beau être une beta, leur équipe ne changera pas pour autant après la sortie de la version finale.

Mais il paraît que c’est super léger et incroyablement véloce ? Oui et non. Pour rappel, ça utilise les technologies GNOME, ainsi que les applications GNOME. La différence ne sera donc pas flagrante par rapport à ce dernier. Tout comme GNOME, au démarrage il ne consomme quasiment rien en mémoire (160 Mo lors de mon test). Mais tout comme GNOME, la consommation grimpera avec le temps. Après avoir lancé deux ou trois petites applications (un terminal, une calculatrice et un gestionnaire de fichiers), la consommation passe à 250 Mo. Puis si vous vous mettez à en avoir une réelle utilisation, en lançant Firefox et vos applications habituelles, vous retrouverez finalement, à peu de choses près, la même utilisation mémoire que sous GNOME. Au niveau de la réactivité, possédant un processeur Intel i7-4770, 16 Go de RAM et un disque de type SSD, je n’ai constaté strictement aucune différence avec GNOME.

Ça peut s’utiliser au quotidien ? Pour le moment, clairement non. Il y a énormément de bugs et autres lacunes : le faible nombre d’applications (y compris du côté GNOME, n’ayant par exemple pas réussi à trouver l’application Contacts), l’installeur qui laisse le clavier en qwerty malgré le choix du français, les outils d’accessibilité qui ne fonctionnent pas, l’incapacité à pouvoir lancer une nouvelle instance d’une application sans repasser par le menu applicatif, l’absence de fonctionnalités de recherche évoluées, le raccourci Alt-Tab permet uniquement de basculer sommairement d’une application à l’autre sur l’espace courant, mais sans représentation graphique; de demander à capturer une fenêtre vous mettra tout de même une partie du fond d’écran dans la foulée, le faible nombre d’applets disponibles, le système de notifications particulièrement basique…

Et encore, je ne l’ai pas non plus testé sur une longue période. On doit pouvoir trouver des bugs à la pelle.

Le Software Center

On peut également se poser la question de l’intérêt de développer de nouvelles applications, comme leur logithèque, le Software Center, dont l’ergonomie et le classement des applications laisse à désirer, qui affiche pêle-mêle applications graphiques ou en ligne de commande, et qui ne propose à l’utilisateur ni descriptions des différentes applications, ni captures d’écran, ni licences… On est bien loin d’un Logiciels.

Maintenant, tout dépendra de ce qu’apporteront les futures betas, aussi bien en terme de corrections de bugs, que de réelles nouvelles fonctionnalités innovantes qui pourraient le démarquer de GNOME.

En attendant, ça reste plutôt léger. Si vous aimez GNOME, la simplicité et l’ergonomie de ses applications, mais que vous n’arrivez pas à vous satisfaire du mode classique et que vous n’arrivez pas non plus à configurer le mode traditionnel pour qu’il puisse répondre à vos besoins, ça peut éventuellement valoir le coup. Mais pour le moment, j’ai franchement du mal à voir la plus-value.

Pour être franc, je pense qu’il aurait été plus productif de développer et maintenir convenablement quelques extensions pour GNOME, ce qui aurait permis d’obtenir plus rapidement un résultat plus fonctionnel et moins bugué.

4 réflexions au sujet de « Qu’apporte réellement le projet Solus ? »

  1. Bravo pour cette critique approfondie et argumentée.

    Comme toujours, il serait préférable de travail sur le DE et son integration dans les distros existantes.

    Merci pour tes billets très instructifs.

  2. En même temps, vu ta config, tu ne risque pas de voir grande différence entre tous les DE existants… Et je t’assure que la différence est extraordinaire. (Avec Celeron et SSD, donc pour des machines moins véloces surement).

    1. Sans doute. Maintenant, j’ai l’impression qu’il manque réellement plein de choses, qui devraient sans doute arriver dans les prochaines betas. Et plus ils vont rajouter de nouvelles fonctionnalités, plus ça sera fatalement plus lourd. Alex Diavatis vient d’ailleurs de publier une capture de la branche de développement Budgie Next, où l’on peut voir une nouvelle colonne sur la droite. À voir dans quel sens ça va évoluer, et ce que pourra en retirer le projet GNOME.

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